Description
Signed autograph manuscript de la première partie d'un article humoristique portant sur l'attribution du prix Goncourt 1948, paru dans le n°138 du Figaro Littéraire (11 décembre 1948, p. 1 et 3).
Le manuscrit diffère du texte publié ; le premier paragraphe du manuscrit, notamment, a été coupé. Nombreuses ratures et corrections.
Derrière la grande table, René Julliard allonge son museau de lévrier, avec un stalactite de sourire bleu au bout. A sa gauche, Maurice Druon endure aussi dans le bleu, ses yeux de Delft s'ouvrent des siroccos silencieux. Il se tourne et se retourne sur son siège. Ill affute son visage de Mermoz de la Comédie française, où des hélices brassent les cheveu du blond rosé de champagne. De l'autre côté de la table, [...] Kessel tasse son corps de Gargantua dans un fauteuil à bascule. Il oscille, pivote, monte, descend. Branché sur le grand sympathique, le téléphone retentit en chacun des ganglions.
Trois voix prévues pour Bazin, trois pour Druon. Craignons ces balançoires,. Le téléphone sonne, résonne et jamais son grelot ne distille plus piquant verjus.
— Ne pourrait-on pas inventer un timbre Goncourt, qui avertirait, grogne Kessel.
[...]
— Curtis m'a apporté un nouveau manuscrite, chantonne [Julliard] en rêve. Je crois que c'est encore meilleur que "Les Grandes Familles".
— Oh ! Pardon ! sursaute-t-il à l'adresse de Maurice Druon, qui avait sursauté lui-même. Je veux dire que "Les Forêts de la nuit".
Soudain un craquement, un grommellement d'ours. Kessel se renverse, reste suspendu [...]. Son inquiétude s'étant portée dans ses reins, il vient de briser son fauteuil."
Maurice Druon, avec Les Grandes Familles, l'emportera finalement à 6 voix contre le Vipère au poing d'Hervé Bazin - Druon rapporte ainsi à l'éditeur René Julliard son troisième Goncourt d'affilée, après Histoire d'un fait divers (Jean-Jacques Gautier, 1946) et Les Forêts de la nuit (Jean-Louis Curtis, 1947).




