Description
Lettre autographe signée d'Albert Londres (vraisemblablement co-signée par Hubert Hayens) concernant le remplacement du correspondant de guerre du Journal, Prade, à la mission de presse française d'Offémont.
19 août [1917]
Cher vieux
Une situation nouvelle est sur le point de se produire. La mission divisée comme tu le savais est sur le point de prendre une tournure définitive.
Il y avait deux groupes : 1° Prade, Ginisty, Le Franc et 2° les autres.
C'est les autres qui paraissent l'emporter.
Prade ne voulant plus vivre à Offémont il se pourrait très prochainement si son point de vue n'est pas admis que le Journal ait à la remplacer.
Ne t'engage pas sur la route de Salonique avant que cette question soit tranchée.
As-tu reçu ma lettre de Dunkerke pour [...]
Réponds de suite.
Albert LondresSi par hasard IL était parti, répondez-nous chère Madame Amie. Rejoignez-le, si possible par dépêche. C'est sérieux.
Serviteur
A. L.[probablement de la main de Hubert Hayens]
Je me joins à London, dans l'espoir de te voir bientôt avec nous à Offémont. Un rien que q. q. jours à attendre pour avoir une solution. Ne prends donc aucune détermination avant le règlement de l'incident.
Bien à toi
Hayens
"Trente mois après la mobilisation, il n'y avait pas encore de correspondants de guerre sur le front français...", écrit Marcel Prévost. "Pardon ! Il y avait des correspondants de guerre anglais et américains, il n'y avait pas de correspondants français." En effet, jusqu'en 1917, les journaux français dépendant, pour les nouvelles du front, de correspondants étrangers. En cause : la difficulté à désigner des représentants pour une "mission de presse" (destinée à canaliser le nombre de journalistes en zone de guerre) et des rétiences à accepter les engagements de censure requis par le défense nationale.
En 1917, six journalistes, dont Albert Londres, Edouard Helsey et Hubert Hayens, réclament par une lettre ouverte le déploiement de correspondants de guerre français. L'État-major, inquiet des réactions de la presse française, de l'attention portée par les reporters étrangers aux opérations britanniques, et d'une baisse de moral qui atteint les troupes comme le peuple, consent à quelques concessions. La première mission de presse française est créée le 9 juin. Douze correspondants d'installent le 25 juin au château d'Offémont (près de Compiègne) où ils sont assignés à résidence sous la direction du lieutenant colonel Prévost.
Entre rappels, désistements et remplacements, la liste complète des correspondants de la mission d'Offémont (dont le nombre varia entre une dizaine et une quinzaine) n'est connue que pour novembre 1917 : il ne s'y trouve alors ni Le Franc, ni Prade (vraisemblablement George Prade, correspondant du Journal), ni Hayens. Le Journal est à cette date représenté par Barjean, et l'agence Havas (à laquelle est associé Hayens) par Hubert-Jacques. On peut de même affirmer que Le Journal était en juin 1918 représenté par Edouard Helsey, ami proche d'Albert Londres qui le défendit lorsqu'il fut accusé d'avoir porté atteinte à l'honneur du capitaine de Levis-Mirepoix, nouveau chef de la mission de presse. En vain : le 3 juin, Pétain retire à Londres son permis de correspondant de guerre.
Précieux document.
Maurin, Jean-Louis. “Les missions de presse près l'armée française pendant la Première Guerre mondiale”. Guerres Mondiales et Conflits Contemporains, no. 164, 1991, pp. 27–47.
Maurin, Jean-Louis. "III. La mise en place des missions de presse". Combattre et informer, Éditions Codex, 2009



