Description
ÉDITION ORIGINALE, complète en 3 volumes, de cette monumentale histoire de la bataille de France, en grande partie écrite en prison où Benoist-Méchin purgeait une peine pour collaboration tactique et stratégique avec l'ennemi.
Un des 35 premiers exemplaires sur vélin du Marais, seul grand papier.
L'ensemble est illustré de 15 cartes et croquis hors-texte.
Journaliste et historien germanophile fasciné par la figure d'Hitler et le nationalisme-socialisme, Benoist-Méchin fait paraître en 1936 une Histoire de l'armée allemande (en réalité histoire de l'Allemagne depuis la défaite de 1918) dont Charles de Gaulle finira par recommander la lecture en dépit de "l'ambiguité de l'auteur à l'égard de l'Allemagne" (Roussel, p. 114). Suit en 1938 un "condensé de Mein Kampf à l'intention du grand public" commandé par France-Soir dans lequel, sous la plume de Benoist-Méchin, "le projet totalitaire n'est pas totalement nié mais il est édulcoré" (Roussel, p. 128).
Après la défaite de 1940, Benoist-Méchin entre au gouvernement de Vichy. Secrétaire d'état aux affaires étrangères, il soutient avec Laval la création de la Légion tricolore, projet (finalement refusé par les allemands) de récupération politique et militaire de la Légion des volontaires français contre le bolchévisme.
Arrêté dans les mois suivant à la Libération, Benoist-Méchin est condamné à mort, puis gracié par le président Vincent Auriol : sa peine est commuée à vingt ans de prison.
Au cours de son incarcération à la maison centrale de Saint-Martin-du-Ré puis à celle de Clairvaux, Benoist-Méchin se découvre une passion pour le monde musulman et entreprend la rédaction de Le Loup et le Léopard, double biographie consacrée à Mustafa Kemal et à Ibn Séoud. Paru en 1954, un an après sa Libération anticipée, l'ouvrage connaît un grand succès avec 50 000 exemplaires vendus. Grâce à ce revirement, Benoist-Méchin parvient à faire oublier son passé d'ultra de la collaboration et se reconstruit une réputation comme spécialiste du Moyen-Orient.
Il consacrera toutefois un dernier ouvrage à l'histoire de l'Allemagne. En effet, en prison, sa documentation sur le monde arabe est lacunaire (et ce en dépit des efforts de ses proches pour lui faire parvenir des livres) ; faute de pouvoir achever les biographies dont il a entrepris l'écriture, Benoist-Méchin décide de s'atteler à la rédaction d'une monographie sur un sujet qui lui est plus familier : la bataille de France (10 mai - 10 juillet 1940). Il y travaille si énergiquement que lorsque le président René Coty, en décembre 1954, le dispense par décret du reste de sa peine, le monumental Soixante jours qui ébranlèrent l'Occident est quasi-terminé :
"Cette nouvelle, avouera Benoist-Méchin, entra dans ma cellule comme une bourrasque faisant rouler mes papiers dans toutes les directions. Pour mon travail, cette libération anticipée arrivait trois mois trop tôt. Elle mit mon esprit en déroute. À telle enseigne que je songeai à demander au directeur de l'administration pénitentiaire de retarder ma sortie. Mais très vite je me rendis compte que pareille requête serait très mal accueillie..." (Notes biographiques inédites, citées par Roussel p. 280)
L'ouvrage paraît finalement, en 3 volumes, entre février et octobre 1956. Le pari est risqué pour l'ancien détenu qui cherche à faire oublier ses liens avec l'Allemagne nazie. Néanmoins, l'ambition d'exhaustivité et d'objectivité affichée par l'auteur — ainsi que son admiration pour le général de Gaulle — séduisent un public déjà conquis par Le Loup et le Léopard. Éric Roussel, biographe de Benoist-Méchin, estime cependant :
"Pour autant, l'ultra de la Collaboration ne se renie pas. En accréditant la thèse selon laquelle la grande erreur de Hitler fut d'avoir accordé à la France une armistice, il justifie d'une certaine manière son attitude lorsqu'il fut appelé au gouvernement. Surtout, l'ouvrage laisse transparaître une persistante fascination pour le IIIe Reich. À lire ce récit à la fois sobre, précis et enfiévré, on a l'impression qu'un implacable déterminisme a rendu inévitable la victoire de Hitler en juin 1940." (p. 287-188).
Très beaux exemplaires.
Éric Roussel. Jusqu'au bout de la nuit. Les vies de Jaques Benoist-Méchin. Perrin. 2025.
Petits accrocs au couverture.











