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"Quel sort déplorable et que celui d’une française est différent"

13 lettres autographes signées à Raymond de Verniac-St-Maur

1796

BELLE CORRESPONDANCE COMPOSÉE DE 13 LETTRES AUTOGRAPHES RÉDIGÉES ENTRE 1796 ET 1813.

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Description

BELLE CORRESPONDANCE COMPOSÉE DE 13 LETTRES AUTOGRAPHES RÉDIGÉES ENTRE 1796 ET 1813.

Fanny de Beauharnais (1737- 1813), comtesse de Beauharnais par mariage, fut membre de l’Académie de Lyon, de l’Académie de Villefranche et de l’Académie des Arcades. Femme de lettres dans la lignée de Madame de La Fayette et de Voltaire, elle est la femme du monde qui illustre avec le plus de liberté une forme de féminisme, consacrant son influence  "durant toute sa vie littéraire, [à] lutter pour défendre le statut des autrices, voire pour obtenir le droit à s’exprimer pour toutes les femmes ". Elle côtoie Olympe de Gouges et publie Épitre aux hommes, Épitre aux femmes et une courte brochure sur la situation et les droits de la femme dans la société, A tous les penseurs, salut!.

L'ensemble des lettres est adressée à Raymond de Verniac, écrivain, diplomate français qui fut premier préfet du département du Rhône. Les premières missives sont adressées à Constantinople où Raymond Verniac occupait le poste d'ambassadeur de la Sublime Porte.

La seconde lettre du recueil s'étend longuement sur la condition déplorable de la femme turque :

"C’est avec une nouvelle reconnaissance Monsieur que je reçois tout à la fois des mains du génie et de l’amitié la belle lettre que je vous ai entendu si bien lire ce qui m’a fait doublement rendre grâce au ciel d’être française votre compatriote et votre amie, car si j’eusse été femme turque j’airais langui dans les ennuis d’un sérail sous les lois d’un maître apathique auquel j’eusse encore été inférieure qu’à lui obéir ce qui veut dire qu’a lui plaire, ainsi le soleil n’aurait lui à mes yeux que pour le soir de ma parure, ainsi je n’aurais oui que des caquets, rêvé que des intrigues, mangé que pour grossir, et parue belle qu’a tant la livre.

Enfin, jusqu’au douceurs de la maternité qui sont elles pour les pauvres beautés turques privées de leurs malheureux enfants nés dans l’esclavage destinés a n'être a jamais fortes que par le crime ou le malheur, et toutes formes dans le sein d’une victime sont dès lors condamné à le devenir ou à en faire. Quel sort déplorable et que celui d’une française est différent mais surtout quand elle voit, entend, lit, retient ceux Monsieur qui vous ressemble qu’honorée de leur suffrage et digne d’en apprécier la gloire et de plaire à trouver en elle tous les sentiments qui vous sont dûs et avec lesquels  j’ai l’honneur d’être Monsieur, votre humble et obéissante servante.

Fanny de Beauharnais
Vos belles dames voudront-elles bien trouver ici tous mes sentiments."

Les autres missives sont principalement des lettres de recommandation, de remerciement ou d'invitation employant souvent un ton assez libre, parfois ironique, et montrant notamment son admiration pour Napoléon :

Comment Monsieur vous remercier de votre aimable lettre et de votre beau présent, beauté et bonté en sont les caractères peu communs […], agréez du moins ma reconnaissance et plaisir que je trouverais à vous voir dès aujourd’hui en personne vous en renouvelez les assuranceS en même temps qu’obtenir que dès aujourd’hui vous me fassiez l’honneur de venir dîner chez moi, nous parlerons de Francfort de son eminentissimo souverain, si bien fait pour vous apprécier, si digne de votre admiration, dont les sujets sont des amis et les amis des amants de ses vertus autant que de son génie,[…] aussi vous qui voyez bien l’immuable monarque des monarques, des merveilles qu’il opère, de l’enthousiasme qu’il inspire, de la gloire qu’aucun des efforts réunis contre elle n’entame pas, que toutes puissances devient vulnérable, et devant qui tout acte échoie. Nous nous entretiendrons de nos intérêts et ajouterais, si vous aviez moins de modestie de vos droits sous tous les rapports, a mon zèle pour cause, le fort de votre sang est de le faire naitre comme le mien de l’honneur d’une telle justice […]

 

Mde de Brisso et  Mde la princesse de Nohan […], je ressens leur peine qui ajoute à la mienne, ce n’est qu’au bruit des canon de la victoire que je me suis sentie revivre, notre monarque incomparable n’a jamais été plus grand qu’a ce moment et jamais aussi son digne fils adoptif n’a suivi de plus près ses traces immortelles, Dieu sait ce que je lui devrait s’il venait à mon secours, mais je ne lui en parlerai point, et je n’en admirerai pas moins autant qu’il doit l’être cet adorable héros et digne fils, du plus grand des monarques. La divine mère, laquelle est céleste, l’impératrice Joséphine à eu la bonté confier pendant une semaine les très beau tableaux de la belle verrerie et du prince son fils. Quatre princesses charmantes qui honoreraient le pinceau de Raphael, ces images parfaites ont étés chez moi des objets d’admiration joint à toutes celle que fait naitre son altesse […]

 

Ce n’est surement pas un enchanteur à moins que ça ne soit l’enchanteur Merlin qui me provoque au sommeil lorsque Monsieur de Verniac est chez moi, aussi ne rêvais-je plus, aussi ne dis-je plus rendors toi, rendors toi, rendors toi […] . Ah mon cher quelle main de fer que celle qui appesantit mes yeux dans les plus doux moments de ma vie, ceux où le charme d’une société qu’attire généreusement vers moi le bien qu’elle me fait, et les maux que près d’elle j’oublie, mais plus un telle indulgence est aimable, plus elle doit être sentie et moins elle peut être exprimée, je pense donc à un objet relativement auquel vous trouverez mieux à qui parler, il ne s’agit pas de moi ; demain mercredi entre huit et neuf heures du soir Mr le Comte Stanislas Potocki doit lire chez moi quelque chose de lui sur les arts, il vous a entendu, il est fait pour apprécier les talents et le suffrage de Monsieur de Verninac et comme ne pas lui dire (quoique je lui eusse promis de ne plus parler de moi) combien le prix infini qu’attache à son opinion Mr Potocki, me fait désirer pour lui comme pour moi même, que Mr de Verninac,  soit présent à cette lecture, je serai aussi d’autant plus charmé que Mr de Mackau pense me faire l’honneur d’y venir que j’ai peu à causer avec lui, dont l’obligeance aimable m’est si bien connue, je suis flattée d’apprendre que Madame de Verninac n’a pas eu de ressentiments de ses douleurs auxquelles j’ai pris la plus grande part. Monsieur de Verninac voudra t il bien s’assurer et assurer Madame de La Croix de mes sentiments pour une famille tout à la fois belle, bonne et digne sous tous les rapports […]

(Mme de Veninac, née Henriette Delacroix (1780 - 1827),  soeur aînée du peintre Eugène Delacroix.)

[…] Ce dîner été triste la soirée longue, les regrets en seront durables et c’est par vous Monsieur par  vous sur l’indulgence de qui je comptais si fort que je suis punie d’un excès de confiance dont les fruits ont été aussi amers que le sentiment en était doux, je ne me punis pourtant point,[…], j’aime a me dire que moi seule j’ai tors, non pas d’intention, mais de fait, excusez moi, plaignez moi d’avoir besoin de l’être et ne cessez point d’avoir de l’amitié pour la personne du monde qui a l’honneur d’être avec le plus haute considération Monsieur votre très humble et très obligeante servante, Fanny de Beauharnais […]

RARE ENSEMBLE, bien conservé dans une reliure d'archivage.

 

1796 - 1813.IN-8, Relié,18 pages.

montées sur des feuillets blancs, reliure demi-toile bleue, titre doré.

Bio

Fanny de Beauharnais

(Paris : 4 octobre 1737 – 2 juillet 1813)