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Deux lettres autographes signées adressées au Capitaine Colette

1871

Réservé

Description

Deux lettres autographes signées au Capitaine Jules Joseph Colette (1829-1905), père de la célèbre écrivaine Sidonie Gabrielle Colette.

3 1/2  pages in-8 :

" Les Angelinières, par Grez-en-Bouère (dept de la Mayenne) le 15 avril 1871
Mon Cher Colette, j'allais répondre à votre si aimable lettre du mois dernier, qui a fait un long chemin avant de me parvenir, lorsque j'ai reçu votre brochure intitulée : "A l'Armée".
Je tiens à vous remercier en même temps de l'un et de l'autre envois.
Madame Bourbaki n'est pas moins sensible que moi au souvenir que vous gardez de nous ; elle me recommande de vous le dire.
Nous avons souvent parlé de vous ; nous ne vous oublions pas de notre côté, je vous assure.
J'ai lu avec grand plaisir votre brochure; je partage bon nombre des idées qui y sont émises ; j'y ai retrouvé tout l'élan du cœur, les sentiments patriotiques dont je vous sais susceptible. J'espère qu'un jour ou l'autre nous ne serons pas aussi éloignés que nous le sommes aujourd'hui et que nous pourrons causer de l'organisation de l'armée et des évènements qui  nous intéressent. 
Je suis très touché par votre intention d'écrire ma biographie, mais vous pensez comme moi, sans doute, qu'il convient de garder le silence sur les individus quand les évènements sont si graves et qu'ils absorbent toutes les préoccupations de chacun. 
Quant au moindre renseignement à vous fournir sur mes états de service, je me déclare,, d'ailleurs, dans l'impossibilité absolue de le faire exactement de mémoire. Les éléments en sont épars. Ils se trouve les uns à Paris, les autres à Metz et les plus récents dans une malle que le chemin de fer à égaré il y a un mois et qu'il ne m'a pas encore été possible de retrouver. 
J'ai éprouvé un étonnement réel en trouvant dans votre lettre cette pensée que, sous le régime déchu, la vérité n'a jamais été dite toute entière. Pour ma part, je trouve qu'on a pu dire et écrire bien des choses, beaucoup trop ; car, si l'on avait fait le par moins larges aux avocats et aux journalistes, les deux grandes plais de notre société, on se serait plus occupé de l'armée et de la préparation de la guerre, qualifié d'improductives les dépenses affectées à l'armée et nous n'aurions  subi ni les échecs extérieurs ni les épreuves intérieures auxquels notre pauvre France a été et est encore soumise. 
Espérons en des temps meilleurs. Vous me demandez de mes nouvelles. Je vais de mieux en mieux et j'espère pouvoir me remettre complètement en bénéficiant du calme et du bon air de la campagne. Madame Bourbaki et moi vous prions d'offrir nos meilleurs compliments à Madame Colette. Votre bien dévoué.
C. Bourbaki"

2 1/2  pages in-12 :

"Mon cher Camarade, 
Votre lettre du 28 décembre  m'a fait le plus grand plaisir, elle est venue réveiller en moi le souvenir du beau temps où nous devions ensemble, et j'y ai parfaitement reconnu le Cpt Colette plein de cœur, primesautier et doué si merveilleusement de hautes qualités qui font l'homme complet. Vous devez être heureux et fier, en vous voyant si entièrement revivre dans votre fils, les notes que vous lui donnez sont bien celle que l'on vous décernait à vous même lorsque vous étiez au service avant que votre glorieuse blessure ne soit venue arrêter votre carrière qui naturellement vous aurait conduit à commander depuis plusieurs années corps d'armée. 
L'année dernière j'ai souffert des suites d'une bronchite aiguë, cette année je vais assez bien, je supporte très passablement le froid insolite qui sévit jusqu'ici. Je n'ai pas à ma plaindre, puisque malgré mes 75 ans, je suis encore marcheur et cavalier, et que la mémoire et le XX me restent pour honorer et regretter nos chers camarades qui jeunes encore sont tombés sur les champs d'honneur. 
Ma femme et moi nous vous envoyons les meilleurs vœux pour votre santé et pour celle de Madame Colette et de votre cher fils, et vous souhaitons que tous les trois vous soyez aussi heureux que nos cœurs le désirent. 
Merci pour votre affectueuse lettre, croyez en ma vieille et tendre amitié pour vous. 
C. Bourbaki
Villa St François - Bayonne
2 janvier 1891"

Sans date [1871].In-8, In-12,6 pages.

Bio

Général Bourbaki

Charles Denis Bourbaki

(Pau : 22 avril 1816 – Bayonne : 22 septembre 1897)