Le Marquis de Sade

Réservé

Description

Troisième exemplaire connu du Portrait fantaisiste du Marquis de Sade, le seul tiré en rouge, sur Chine.
Portrait posthume (vers 1860) du Marquis de Sade entouré de démons et serpents lui soufflant l'inspiration, avec en pied l'inscription "de la collection de Mr. H*** de Paris".
79 x 115 mm (sujet), 109 x 160 mm (feuillet)

Ce célèbre portrait allégorique, reproduit dans de nombreuses éditions des oeuvres et biographies du Marquis, apparaît notamment dans l'ouvrage d'Apollinaire Les oeuvres du Marquis de Sade (1909), où le poète lui donne son nom de "Portrait fantaisiste" et le décrit (erronément) comme le frontispice de Correspondance de Madame Gourdon (Poulet-Malassis, 1866).

Jann Marson émet l'hypothèse que le Portrait fantaisiste pourrait être un ex-libris de Frederick Hankey, bibliophile britannique installé à Paris, collectionneur de Sade que ses correspondants appelaient "Monsieur H."  En effet, le premier exemplaire connu de le gravure, offert par le bibliographe Henry Spencer Ashbee au British Museum, provient de sa collection.
Edmond de Goncourt, dans son Journal du 7 avril 1866, brosse de Frederick Hankey un portrait qui justifie pleinement son surnom de "second de Sade" :

"Aujourd’hui j’ai visité un fou, un monstre, un de ces hommes qui confinent à l’abîme. Par lui, comme par un voile déchiré, j’ai entrevu un fonds abominable, un côté effrayant d’une aristocratie d’argent blasée, de l’aristocratie anglaise apportant la férocité dans l’amour, et dont le libertinage ne jouit que par la souffrance de la femme. [...] Il a ouvert un grand meuble à hauteur d’appui, où se trouve une curieuse collection de livres érotiques, admirablement reliés, et tout en me tendant un Meibomius, Utilité de la flagellation dans les plaisirs de l'amour et du mariage, relié par un des premiers relieurs de Paris avec des fers intérieurs représentant des phallus, des têtes de mort, des instruments de torture, dont il a donné les dessins, il nous dit: “Ah! Ces fers… non, d’abord il ne voulait pas les exécuter, le relieur… Alors je lui ai prêté de mes livres… Maintenant il rend sa femme très malheureuse… il court les petites filles… mais j’ai eu mes fers.” Et nous montrant un livre tout préparé pour la reliure: “Oui, pour ce volume j’attends une peau, une peau de jeune fille… qu’un de mes amis m’a eue… On la tanne… c’est six mois pour la tanner… Si vous voulez la voir, ma peau?… Mais c’est sans intérêt… il aurait fallu qu’elle fût enlevée sur une jeune fille vivante…"

L'artiste, qui signe "H. Biberstein sc.", n'a pas été identifié. Il s'agit vraisemblablement d'un pseudonyme (Jann Marson suppose qu'on pourrait y lire un jeu de mots sur "beaver stone", ou "clitoris"). Quoi qu'il en soit, l'exécution se rapproche de celle des gravures placées en frontispice des ouvrages érotiques  imprimées en Belgique dans les années 1860, dans un contexte de redécouverte des écrits de Sade par des éditeurs (Poulet-Malassis, Gay) et collectionneurs de "curiosités". Ainsi, si le Portrait fantaisiste a parfois été interprété — bien a posteriori — comme une représentation de la monstruosité morale de Sade, son imagerie (démons priapiques soufflant l'inspiration ou réinsufflant la vie à l'écrivain, tome relié, caducée...) évoque davantage ce milieu d'amateurs éclairés des "enfers".
La figure du Marquis, coiffé et vêtu à la façon des "bousingots" du XIXe siècle, est reprise d'un portrait médaillon paru dans l'ouvrage de Jules Janin Le Marquis de Sade (1834).

Exemplaires connus :
British Museum (1901,1022.838), en noir
Marshall Mc. Kibbey rare books, en noir

Marson, Jann. “Bibliography Behaving Badly: The Secret Life of the Portrait Fantaisiste Du Marquis de Sade.” Book History, vol. 16, 2013, pp. 89–131.