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Lettre autographe signée à Max-Pol Fouchet

1942206 x 266 mm

ÉMOUVANTE LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE
au directeur de la revue Fontaine
après la disparition tragique de son épouse

1 000 

Vendu

Description

ÉMOUVANTE LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE adressée à Max-Pol Fouchet après la disparition de sa femme le 9 janvier 1942 dans le naufrage paquebot Lamoricière au large des Baléares.  La jeune Jeanne Ghirardi, épouse Fouchet, se rendait alors en métropole pour y rencontrer Aragon et Elsa Triolet.

"Lundi, 
Mon cher, mon pauvre Max, à l'instant le télégramme de Jean. Nous sommes bouleversés et c'est peu dire : j'ai comme un absurde sentiment de responsabilité parce que dans le dernier mot écrit à vous ou à Jean je réclamais le voyage de cette enfant. Elsa, dès qu'on avait su par la radio la catastrophe, m'avait dit : Mon Dieu, pourvu ! et puis voilà, ça y est. On peut dire certaines choses, on ne croit pas pourtant que certains désastres soient pour ceux qu'on connait. (Tenez, déchirez cette lettre, je relis déjà ces quelques lignes, et j'ai désespérément l'impression de remplir le silence, d'occuper avec des mots la distance entre ce qu'on peut et ce qu'on-dit !).
Mon cher ami, à peine se connaît-on que déjà vous voilà qui touchez à tout ce qu’il y a d’irrémédiable. Il ne manque pourtant pas de salauds dans ce monde à qui tous les malheurs sont dus, et ne payeraient que trop bon marché leur canailleries. 
Mon vieux, mon vieux, à rien ne servent les bonnes paroles, les assurances, les chienneries  qu'on trouve à dire dans ces cas là. cela fait honte d'en parler. Mon vieux, respirez bien fort, bien profond, c'est tout ce que l'on peut faire pour calmer la douleur, pour apaiser le coeur. Respirez profond, jusqu'à ce que cela passe, puisqu'il parait que tout passe, et qu'il y a des jours où on le croit. On voudrait vous tenir les mains, être près de vous. Inutilement, mais on le voudrait. Je sais ce que c'est que ce temps qui ne passe pas, qui se met en tracers de la gorge. Il s'agit d'atteindre le moment où le temps reprend sa dimension, où une heure n'est plus un siècle. Songez qu'aller votre malheur vous apparaîtra comme une part du malheur commun, dans lequel tant de gens on besoin de vous. 
Mon cher ami, vous n'est pas seul. Nous vous embrassons, Elsa et moi. 
Louis"

Aragon offrit aussi la pré-publication du  « Cantique à Elsa » au directeur de Fontaine par sympathie envers le deuil qui le frappait.

Référence : RECHERCHES CROISÉES ARAGON - ELSA TRIOLET, Correspondance inédite Aragon – Max-Pol Fouchet, 2002.

1942.206 x 266 mm,[1] f..

Encre bleue

Bio

Louis Aragon

(Paris :  3 octobre 1897 – 24 décembre 1982)