Description
ÉDITION ORIGINALE. Exemplaire sur papier d'édition, après 75 ex. sur Hollande.
L'un des quelques exemplaires (une dizaine selon Vicaire) à contenir un feuillet de dédicace à Julia Daudet : "Au collaborateur dévoué, discret et infatigable, à ma bien aimée Julia Daudet j’offre avec un grand merci de tendresse reconnaissante ce livre qui lui doit tant" ; cette dédicace a été supprimée dans le reste de l'édition.
ENVOI AUTOGRAPHE SIGNÉ À ERNEST DAUDET, frère ainé de l'auteur, et à son épouse Marie :
"Exemplaire pour mon frère et ma soeur
Ernest et Marie Daudet
Alp. D."
Monté à Paris un an avant Alphonse, Ernest Daudet obtient, grâce au soutien d'Armand de Pontmartin, le poste de rédacteur du Spectateur. Son salaire lui permet d'appeler son jeune frère à la capitale et de faire paraître son premier recueil Les Amoureuses. Alphonse, qui jouit rapidement d'un succès de salon, peut lui renvoyer l'ascenseur après la suppression du Spectateur : Ernest Daudet entre au Sénat comme secrétaire-rédacteur. Tout en menant une carrière politique et en collaborant à plusieurs journaux, il publie près de 70 romans ainsi que plusieurs études historiques très appréciées en leur temps, dont une importante Histoire de l'émigration. Le premier volume de ses souvenirs d'enfance paraît en 1882 sous le titre Mon frère et moi.
Collaborateur de son frère, Ernest Daudet le fut surtout à titre de mentor et de critique. Le rôle joué par Julia Daudet, dédicataire de l'ouvrage, est plus ambigu. Auteur de sa propre oeuvre romanesque et poétique qu'elle signait "Madame Alphonse Daudet", correctrice, collaboratrice ayant, comme le prouvent les manuscrits, beaucoup contribué au Nabab, elle-même ne cessa de minimiser sa participation au travail de son époux :
Notre collaboration ? Un éventail japonais. D’un côté le sujet, personnages, atmosphère ; de l’autre, des brindilles, des pétales de fleurs, la mince continuation d’une branchette, ce qui reste de couleur et ou de piqûre d’or, au pinceau du peintre. Et c’est moi qui fais ce travail menu avec la préoccupation du dessin et que mes cigognes envolées prolongent bien le paysage d’hiver, ou la presse verte au creux brun de bambou, le printemps étalé sur la feuille principale (Fragments d'un livre inédit, 1884, p. 33)
Dissimulée au grand public, sa collaboration est toutefois devinée par, puis connue des proches du couple : Edmond de Goncourt le premier notait dans son Journal du 5 juin 1874 : "La femme écrit et je la soupçonne d'être l'artiste du ménage." Henry Céard suppose ainsi que le feuillet de dédicace était réservé aux exemplaires de ces seuls intimes — Goncourt parmi eux — que la révélation du rôle de Julia n'aurait pas surpris. (« Mme Alphonse Daudet », Le Gaulois, 19 décembre 1885)
Vicaire, III, 49.
Anissa Guiot, « « Je la soupçonne d’être l’artiste du ménage » : Julia Daudet, collaboratrice dissimulée d’Alphonse Daudet » dans Les Pratiques d’écriture en collaboration des autrices, Actes de la journée d’étude organisée à l’Université de Rouen en novembre 2023.
Demi-maroquin noir, dos à nerfs titré. Coins et coupes frottés. Trou sans atteinte au texte à la page de titre.








