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Du libertinage érudit à la poésie religieuse

Les Hymnes de toutes les Festes solemnelles

1665

Un quatrième exemplaire des Hymnes français de Tristan L’Hermite, avec un cahier inconnu pour les litanies.

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Description

Les Hymnes de toutes les Festes solemnelles, Traduites en Vers, par F. Tristan L’Hermite. Dédiez à Monseigneur le Chancelier [Séguier]. In : Les Exercices spirituels qui enseignent au Chrestien la vraye manière de bien prier Dieu. Avec les offices de l’Église, & de la Sainte Vierge, pour tous les Temps de l’Année. En Latin & en François.

Édition originale des Hymnes chrétiennes de Tristan L’Hermite.

Il s’agit de la traduction en vers français (avec texte latin en regard) de quarante-trois hymnes liturgiques, publiées ici pour la première fois, dix ans après la mort du poète, par les soins de ce François Colletet (1628-v. 1680) dont le père, Guillaume Colletet (1598-1659), avait partagé avec Tristan L’Hermite le goût de la poésie, du libertinage érudit et de Théophile de Viau.

Les Hymnes interprétées par Tristan, dûment annoncées sur la page de titre, occupent les pages 528 à 624 du volume et sont placées à la suite d’ignaciens Exercices spirituels composés par un père jésuite demeuré anonyme (peut-être Claude Texier, 1611-1687). L’épitre dédicatoire à Pierre Séguier, dernier protecteur et mécène de Tristan L’Hermite, contient un portrait élogieux de l’auteur du Page disgracié et des Vers héroïques, que le chancelier tenait en haute estime et qui obtint grâce à lui son fauteuil d’académicien en 1647.

L’illustration se compose de 6 belles figures (dont un frontispice) gravées sur cuivre par Herman Weyen (1638-1669), graveur et éditeur d’origine hollandaise installé à Paris et spécialisé dans la publication d’images de dévotion.

Ces gravures, légendées en latin, sont signées « Herman Weyen excudit »; quatre d’entre elles comportent une mention de privilège, en français ou en latin. Il faut remarquer que les trois autres exemplaires connus des Exercicescomportent non pas six mais sept figures, gravées par d’autres artistes ou non signées : ces images diffèrent d’un exemplaire à l’autre, ce qui suggère l’hypothèse d’une illustration « à la carte » en fonction des demandes et des disponibilités.

Un singulier manuel de piété contre-réformiste, entre dévotion et poésie.

Les Hymnes de 1665 sont restés inconnues pendant près de trois siècles jusqu’à l’apparition, en 1957, d’un exemplaire des Exercices spirituels sur le marché du livre ancien. Depuis, deux autres exemplaires ont été découverts : l’un en 1976 (acquis comme le précédent par la BnF), l’autre en 1992 (exposé à la Bibliothèque Mazarine en 2001 et encore aujourd’hui en mains privées). L’exhumation de ce petit corpus représente, pour l’évaluation de l’œuvre de Tristan L’Hermite, « un apport appréciable, un complément inespéré d’environ mille vers qui, s’ajoutant à ceux de l’Office de la Sainte Vierge (1646), nous conduisent à nous interroger à propos de l’orientation religieuse de quelques-uns de ses derniers recueils » (Marcel Israël).

Qu’un écrivain proche des libertins, admirateur du cavalier Marino, se soit tourné à la fin de sa vie vers la poésie religieuse, voilà qui peut surprendre. Le temps, la sagesse et la politique semblent avoir eu raison des aimables audaces du Page disgracié. Mais Jean-Pierre Chauveau a raison de préciser que, loin de faire œuvre de prosélyte, Tristan a mis en œuvre, dans ses translations religieuses, « son talent de poète ou, plus modestement, d’artisan du vers au service de l’entreprise d’édification des fidèles qui, dans la perspective de la Contre-Réforme (…) est fondée sur la dévotion personnelle et privée, et l’éducation, au fil des jours et de l’année liturgique, de la prière, du sens de la pénitence et de l’examen de conscience. C’est ainsi qu’au fil du siècle va se populariser l’usage du bréviaire et du livre d’heures, dont les traductions et adaptation en français (vers et prose) se multiplient ».

Un genre dans lequel s’illustreront, entre autres, Lemaistre de Sacy, Corneille ou Racine. Sans oublier La Fontaine qui, dans ses derniers jours – imitant sans le savoir Tristan, dont il avait subi l’influence dans sa jeunesse –, s’employait à traduire en français les hymnes de la liturgie.

Traité de dévotion enrichi de vers ou prestigieuse publication « tristanienne » augmentée d’exercices spirituels ? L’éditeur Loyson, joue, comme l’a bien vu M. Israël, sur les deux tableaux, sa tactique et celle de François Colletet consistant « à miser simultanément et séparément sur l’un et l’autre ouvrages ». L’épître de Colletet est, quant à elle, « un document précieux. Et ce qui en fait le prix, c’est l’éclairage qu’elle apporte, non sur la personne de Tristan, mais sur la faveur hors du commun que lui prodigue Séguier même à titre posthume ».

Relevant les incongruités entre l’approbation non datée (identique à celle de l’Officede 1646 et ne mentionnant que le seul Tristan), le privilège du 24 décembre 1663 (accordé pour la troisième édition de l’Office) et l’achevé d’imprimer (28 février 1665), M. Israël a essayé d’éclaircir le processus de publication des Hymnes.

« A partir de 1648, écrit-il, J.-B. Loyson est devenu progressivement l’éditeur attitré de Tristan. En 1653, le poète lui cède les exemplaires invendus de L’Office de la Sainte Vierge (imprimé en 1646), exemplaires qui seront dotés d’un nouveau titre (Les Heures dédiées à la Sainte Vierge) tout en arborant le nom du nouvel éditeur. Probablement est-ce au cours de l’été 1655 que Tristan, sur le point de disparaître, a remis ou fait remettre à son éditeur les derniers vers en sa possession, dont le manuscrit des hymnes encore inédites. Une des raisons qui ont pu retarder leur publication a trait à la conception même de l’ouvrage. La quarantaine d’hymnes traduites par Tristan, dont aucune n’est très longue, et plusieurs fort courtes, ne représentaient qu’une centaine de pages au mieux… (…) N’était-il pas souhaitable d’étoffer le volume en y incorporant d’autres œuvres d’inspiration religieuse ? C’est cette formule qui a prévalu, mais l’on conçoit qu’elle ne se soit imposée qu’après bien des tergiversations. A plus forte raison le choix des textes ‘complémentaires’ a-t-il pu entraîner des hésitations et des retards ».

Cet exemplaire, le quatrième connu et l’un des deux en mains privées, comporte in-fine un cahier supplémentaire qui semble avoir échappé aux bibliographes.

Ces huit feuillets contiennent, sur 16 pages, le texte des Litanies du nom de Jésus, du Saint-Sacrément et de la Vierge ; le texte latin et la version française – dont nous ignorons si elle est due à la plume de Tristan ou à celle d’un autre traducteur – sont imprimés sur deux colonnes. Si la pagination et les signatures prennent sans interruption la suite de celles des Exercices et des Hymnes, le texte est imprimé dans un plus petit caractère que celui employé tout au long de l’ouvrage (mais le matériel typographique semble bien être celui de Loyson). De plus, le mot « Fin » apparaît deux fois : à la page 624 (fin des Hymnes) et à la page 640 (fin des Litanies). Enfin, la typographie est moins soignée que celle, somptueuse, des Exerciceset des Hymnes.

Loin de vouloir prétendre apposer le mot fin à cette petite énigme bibliographique, contentons-nous de rappeler qu’un événement important venait de marquer, au printemps 1664, l’histoire de la très lente élaboration du dogme de l’Immaculée Conception et le débat sur l’emploi des textes de dévotion non scripturaires dans la liturgie. Par la constitution In Supremo (28 mai 1664), le pape Alexandre VII interdisait en effet aux éditeurs d’apporter tout changement ou paraphrase aux supplications, issues d’une longue tradition populaire, connues sous le nom de litanies, et tout particulièrement à celles adressées à la Vierge Marie.

Dès lors, il n’est pas absurde de penser que Loyson, soucieux de respecter l’interdiction papale tout en la contournant, a pu imprimer à part (avec pagination et signatures suivies) le cahier des Litanies pour le joindre, à la demande des dévots, aux exemplaires des Exercices de 1665. En poussant un peu plus loin, on pourrait même imaginer – mais ceci reste à vérifier – que le même cahier a pu servir à « compléter » des exemplaires de la troisième édition de l’Office de la Sainte Vierge, également publiée par Loyson, qui contient un titre daté 1664, l’achevé d’imprimer du 31 décembre 1663 et, après les 4 feuillets préliminaires, 624 pages comme dans ces Exercices.

Ouvrage très rare, conservé dans une élégante reliure du temps en maroquin noir.

Ces vers, écrit Stéphan Bouttet, « sont riches d’enseignements : alors que le jea fait place au nous et que l’on attendrait une célébration monotone, Tristan multiplie les variations, les échos à sa propre production, en contrepoint à ses derniers vers encomiastiques et ne pâlit nullement d’être comparé à Lemaistre de Sacy, Corneille ou Racine. Les vers chrétiens de Tristan constituent donc un ensemble aussi important que ses autres recueils ».

Provenance : Henry Fly, de Brasenose College (Oxford), avec son bel ex-libris armorié gravé sur cuivre (XVIIIesiècle) et la devise « Homo Sum – Henricus Fly e Coll. Aen. Nas. Oxon. ». – « Maria Cuillère-Laurot 1938 » (signature manuscrite à l’encre bleue au bas du titre et de la dernière page des Litanies). – « Sabarthès », grand ex-libris illustré gravé en 1954, détaché (apparemment une bibliothèque mariale).

Références : A. Carriat, Bibliographie des Œuvres de Tristan L’Hermite,suppl., p. 47. – A. Carriat, « Un troisième exemplaire desExercices spirituels », in : Cahiers Tristan,1992, t. XIV, p. 77. – S. Bouttet, « Les hymnes posthumes », ibid., pp. 69-70. – I. de Conihout, A. Carriat et J.-P. Chauveau,Tristan L’Hermite (1601-1655) ou le Page disgracié.Préface de Marc Fumaroli, Bibliothèque Mazarine, 2001, n° 63 ; et aux pp. 57-62 l’essai « Tristan et ses livres » par Isabelle de Conihout. – J.-P. Chauveau et M. Israël, Introductions, in : Tristan L’Hermite, Œuvres complètes,III, 2002, pp. 277-291 et 495-512.

Paris,Jean Baptiste Loyson,1665.In-8, Relié,16 ff.n.ch. 640 pp..

16 ff.n.ch. (pour le titre, l’épître, table, l’approbation, le privilège, la Table pour trouver les Festes Mobiles,lesReflexions Chrestiennes sur la conduite de la Vieet le calendrier), 640 pp. (les pp. 625-640 avec pagination et signature continues, mais composées dans un plus petit corps que le reste de l’ouvrage), et 6 planches gravées hors texte ; maroquin noir, dos muet à nerfs, compartiments ornés de fers d’angle, frises en tête et en pied, plats encadrés à la Duseuil, tranches dorées (reliure de l’époque).

Habiles restaurations à la reliure ; les gardes volantes, absentes, ont été remplacées avec du papier peigne ancien (les contregardes sont d’origine) ; la marge inférieure des feuillets Rr1et Rr2(Litanies) a été découpée en diagonale (7 x 70 mm) ; petite déchirure dans la marge extérieure du feuillet Rr2; quelques piqûres, très éparses et peu prononcées.

Bio

François L'Hermite du Solier (dit) Tristan L'Hermite

François L'Hermite du Solier, dit Tristan L'Hermite ou Tristan

(Château du Solier près de Janaillat dans la Marche : 1601  – , Paris : 7 septembre 1655), Gentilhomme, poète, dramaturge et romancier français. D’abord page dans l’entourage de Henri de Bourbon-Verneuil, fils naturel du roi Henri IV, puis homme d’épée au service de Louis XIII et de son frère Gaston, duc d’Orléans.

Auteur de cinq tragédies, d’une tragi-comédie, d’une comédie et d’une pastorale, de cinq recueils de vers galants, héroïques et religieux, d’un roman et de Lettres mêlées, Tristan aborde tous les genres. La publication des Plaintes d’Acante, en 1633, le révèle comme le successeur de Malherbe et de Théophile de Viau dans le domaine de la poésie amoureuse, élégiaque et lyrique. Le succès remporté en 1636 par sa première pièce de théâtre, La Mariane, où l’acteur Montdory fait sensation avant de jouer Le Cid, l’impose comme l’un des meilleurs auteurs dramatiques autour de Corneille.

Membre de l’Académie française en 1649, Tristan accompagne les débuts de l’Illustre Théâtre de Molière, et offre un grand succès à Madeleine Béjart dans La Mort de Sénèque. Il protège également Quinault, dont il encourage la carrière en proposant les premiers éléments du droit d’auteur.