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Lettre autographe signée à Mme Glapion

1711
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Description

Lettre autographe signée Pencherech d'Aussi, datée de Fontainebleau le 18 juillet 1711, adressée à Madame de Glapion.

PRÉCIEUSE LETTRE DE JEUNESSE D'UNE ENFANT RECUEILLIT PAR MME DE MAINTENON QUI AMUSAT LE ROI

Fille d'un gentilhomme breton, Jeanne-Thérèse de Penchrech (ou Pincré) fut recueilli par Mme de Maintenon, qui l'appelait Jeannette, et qui la fit marié à l'âge de 13 ans, le 11 mars 1711, dans la chapelle du château de Versailles, à Étienne -Joseph d'Isarn de Villefort de Montjeu, marquis d'Haussy (noté aussi Aussi, Auxi ou Ossi) gouverneur de Guérande.

"A Fontainebleau ce 18 juillet 1711
Je suis fâché madame que Mlle d'Aumale ait été la première à vous mander comment le voyage s'est passé. Le Roy et Mde de Maintenon ont été un peu fatigués mais ils se portent bien à cette heure. Je voudrais qu'il put y avoir un St Cyr ici ou plutôt une dame de Glapion. Mlle d'Aumale et moi passerions des jours bien agréables, nos rochers sourcilleux et leurs flancs entrouverts nourriraient vos voubles pensée. Pardonnez moi cette petite raillerie quoi quelle ne me convienne point, et ne m'en croyez pas moins ma mère. Votre très humble et obéissante servante
Penchrech d'Aussi"

Post-Sciptum autographe de Mademoiselle d'Aumale :

"Cette lettre est toute de Md d'Auxy, elle dit que quelques mots qu'elle entendait dire à tors et a travers. Lui avait fait voir que vous aimiez la tristesse, voyez la force de la vérité. Bonjour ma chère mère."

Saint-Simon détaille le cas de la petite Jeannette dans le tome 9 de ses Mémoires :

« Il se fit un petit mariage qui semblerait devoir être omis ici, mais dont les singularités méritent d’y trouver place, c’est celui de Villefort avec Jeannette. Cela ne promet pas, et toutefois cela va rendre. Il faut expliquer les personnages: la mère de Villefort était belle, de grand air, de belle taille; elle perdit son mari officier-major de je ne sais plus quelle place; elle n’avait rien que des enfants, ou fort peu à partager avec eux. Elle avait de l’esprit et de l’intrigue, mais sans galanterie, et de la vertu. Elle eut quelque recommandation particulière auprès de Mme de Maintenon, à qui par là elle parvint à être présentée. Mme de Maintenon, ainsi que le roi, était la personne du monde qui se prenait le plus par les figures. L’air modeste, affligé, malheureux de celle-ci la toucha. Elle lui fit donner une pension, la prit en protection singulière, lui trouva de l’esprit; la figure la soutint. Son mari était bien gentilhomme, et elle demoiselle. Mme de Maintenon ne l’appelait que sa belle veuve, et la fit une des deux sous-gouvernantes des enfants de France. Jeannette était une demoiselle de Bretagne dont le nom est Pincré; son père mourut et laissa sa femme sans pain avec un tas d’enfants tous petits. Réduite à la mendicité, elle s’en vint avec eux, comme elle put, se jeter à genoux au carrosse dans lequel Mme de Maintenon s’en allait à Saint-Cyr. Elle était charitable, se fit informer de cette malheureuse famille, leur donna quelque chose, plaça les enfants, selon leur âge, où elle put, et prit une petite fille tout enfant chez elle, qu’elle mit avec ses femmes en attendant que ses preuves fussent faites, et elle en âge d’entrer à Saint-Cyr. Cette enfant était très-jolie; elle amusa les femmes de Mme de Maintenon par son petit caquet, et bientôt elle l’amusa elle-même. Le roi la trouva quelquefois comme on la renvoyait, il la caressa, elle ne s’effaroucha point de lui, il fut ravi de trouver une jolie petite enfant à qui il ne faisait point peur, il s’accoutuma à badiner avec elle, et si bien que lorsqu’il fut question de la mettre à Saint-Cyr, il ne le voulut pas. Devenue plus grandelette, elle devint plus amusante et plus jolie, et montra de l’esprit et de la grâce, avec une familiarité discrète et avisée qui n’importunait jamais. Elle parlait au roi de tout, lui faisait des questions et des plaisanteries; le tiraillait quand elle le voyait de bonne humeur, se jouait même avec ses papiers quand il travaillait, mais tout cela avec jugement et mesure. Elle en usait de même avec Mme de Maintenon, et se fit aimer de tous ses gens. Mme la duchesse de Bourgogne à la fin la ménageait, la craignait même, et la soupçonnait d’aller redire au roi. Néanmoins elle n’a jamais fait mal à personne. Mme de Maintenon elle-même commença à lui trouver trop d’esprit et de jugement, et que le roi s’y attachait trop. La crainte et la jalousie la déterminèrent à s’en défaire honnêtement par un mariage; elle en proposa au roi qui trouva à tous quelque chose à redire. Cela la pressa encore plus. Enfin elle fit celui du fils de sa belle veuve. Le roi avait donné des fonds à Jeannette à diverses fois; il lui en donna encore pour ce mariage, le gouvernement de Guérande en Bretagne pour son mari, qui était capitaine de cavalerie, avec assurance du premier régiment d’infanterie. Mme de Maintenon se crut délivrée, elle s’y trompa. Tout conclu, le roi lui déclara bien sérieusement qu’il n’agréait le mariage qu’à condition que Jeannette demeurerait chez elle, après le mariage, tout comme elle y était devant, et il en fallut passer par là. Croirait-on qu’un an après elle devint la seule ressource des moments oisifs de leur particulier, jusqu’à la fin de la vie du roi ! Le mariage se fit la nuit dans la chapelle, Mme Voysin donna le souper, les mariés couchèrent chez Mme de Villefort, où Mme la duchesse de Bourgogne donna la chemise à Mme d’Ossy, c’est le nom que Jeannette porta. Son mari fut dans la suite un des gentilshommes de la manche du roi d’aujourd’hui, et se poussa à la guerre. »

La prolifique collection  Femmes de Claude de Flers dispersée en 2014, qui comptait plus de 800 documents, ne comportait pas d'autographe de Jeannette.

 TRÈS RARE DOCUMENT.

1711.In-8, En feuilles,2 pages.

Bio

marquise d' Haussy

Madame d'Ossy, Aussy , Auxy

Jeanne-Thérèse de Launoy de Penkrec, Née Pench’rech ou Pincré
(Évêché de Tréguier :  1698 –  177?)

Fille d’un gentilhomme breton, élevée dans l’entourage de Mme de Maintenon. – Mariée le 11 mars 1711, dans la chapelle du château de Versailles, à Étienne -Joseph d’Isarn de Villefort de Montjeu, marquis d’Haussy, gouverneur de Guérande. – A été sous-gouvernante des Enfants de France (1754-1774)